Conférence de clôture par le Père Jean Gueit

au XIVe Congrès Orthodoxe en Europe occidentale, Strasbourg, mai 2012

« LA VÉRITÉ VOUS RENDRA LIBRE »


       Il nous a été donné à plusieurs reprises de nous réunir de la sorte dans le temps pascal. Ainsi les congrès vibraient au chant du « Christ est ressuscité. » Cette fois nous sommes dans ce temps post-pascal, unique en son genre, d’attente de la venue de l’Esprit Saint. Il n’y pas de hasard dans les occurrences liturgiques. Nous pouvons donc considérer qu’il est bon pour nous, peut-être même nécessaire  d’être réunis en ce temps de conciliarité en marche, dans le prolongement du premier concile œcuménique que nous commémorons en ce moment.. S’il est vrai que le Seigneur se présente comme « la Vérité » , Il précise aussi « qu’il est bon pour nous qu’Il remonte auprès du Père pour nous envoyer d’auprès du Père l’Esprit de Vérité, qui rendra lui-même témoignage du Fils (Jn XV 26) l’Esprit de vérité que le « monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas , mais il demeure auprès de vous et il est en vous » (Jn XIV-17), et qu’ainsi « il vous enseignera toute chose (JnXIV-26). Ainsi s’il est vrai que  « personne ne va au Père si ce n’est par le Fils car Il est le chemin, la vérité et la vie » (Jn XIV-6), nul ne peut dire « Jesus est Seigneur si ce n’est par l’Esprit Saint « (I Cor XII-3).   En résumé, nul ne vient au Père si ce n’est par le Fils, nul ne vient au Fils si ce n’est pas l’Esprit. Tel est bien l’axe central de la pensée théologique et de la spiritualité orthodoxes tel que l’affirmeront  les théologiens contemporains et qui fera notamment l’objet d’une synthèse majeure et magistrale par le Père Boris Bobrinskoy dans son étude « Le Mystère de la Trinité », auquel je veux rendre hommage aussi en sa qualité de participant engagé dans  la démarche d’unité des orthodoxes.

       Nous savons affirmer cette indissociabilité du Fils et de l’Esprit, mais notre nature de tension et de distorsion qu’évoque le Père Syméon en citant Mgr Kallistos nous empêche souvent d’assumer cette exigence d’inséparabilité entre le Fils et l’Esprit.  Si nous avons une conscience relativement précise du péché personnel, cette conscience semble plus distendue ou diluée en ce qui concerne le péché communautaire, le péché ecclésial. Acceptons nous l’idée qu’il puisse  y avoir un péché  ecclésial ? Nous nous reposons  avec confiance sur la miséricorde et le pardon du Seigneur. Pourtant subsiste cette mise en garde « le péché (blasphème) contre le Fils de l’Homme sera pardonné, mais pas celui contre l’Esprit… »(Mat XII-31.32). Certes l’avertissement contient sa part de mystère, mais nous devrions demeurer plus attentifs à cette mise en garde. la désunion est un péché contre l’Esprit. Paul Evdokimov n’hésite pas à affirmer que le blasphème contre l’Esprit n’aura pas de rémission car il contredit l’économie même du salut, « l’Esprit étant la source, le Donateur des énergies trinitaires déifiantes qui  actualisent le salut ».  Or la désunion est un péché contre l’Esprit  car elle est rupture de communion. Avant que, ou plutôt pour que l’on puisse « associer Eucharistie Evêque et Eglise », (Cf Métropolite Jean de Pergame) il faut pouvoir affirmer « là où est l’Esprit Saint, là est l’Eglise », car alors là aussi sera la Vérité sanctifiante. C’est pourquoi Saint Séraphim proposera cette formule bien connue, dans un prolongement-dépassement d’une approche de fait christocentrique « le but de la vie chrétienne est l’acquisition (fructification) de l’Esprit Saint ». Voilà me semble-t-il les fondamentaux sous-jacents des exposés qui nous ont été proposés.


La « Vérité –Esprit- vous rendra libre »

       Liberté -  Montesquieu, avec d’autres, observait : « Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations et qui ait frappé les esprits de tant de manières que celui de liberté ». En réalité, terme unique ; ni concept, ni notion, mais composante anthropologique reconnue universellement, c'est-à-dire par le croyant comme par le non croyant. La lecture du premier sera qualifiée de théologique ou spirituelle, celle du second de philosophique. Dans les deux cas  la réflexion sur la liberté semble ne pouvoir être envisagée que dans une perspective dynamique, un mouvement, un devenir, ce qui conduit à penser non plus « liberté » mais « libération ». Mais dans tous les cas se pose la question de la régulation en société de la liberté.  Ainsi nous dit Christos Yannaras se référant à Dostoïevski « il n’existe qu’une seule liberté : que l’homme se libère de lui-même » c'est-à-dire qu’il se délivre de la contrainte de l’instinct naturel, qu’il se délivre de la soumission aux pulsions instinctives de son individualité naturelle ». Le Père Syméon propose la distinction entre le libre arbitre – liberté à risques dit-il car elle porte sur le choix entre le bien et le mal- et la liberté qui nous relie à Dieu en soulignant que si nous ne sommes plus en communion avec Dieu nous ne sommes plus libres. Il suggère ainsi que nous sommes appelés à une libération mais que cette libération n’est possible qu’en rétablissant  la communion avec Dieu. Or le rétablissement de la communion, seul le Christ peut nous l’accorder. Georges Nahas évoque un dilemme  ontologique en posant la distinction  entre la liberté de choix  (proche du libre arbitre) et l’ethique – « élément extrinsèque qui régit des aspects relationnels dans ce qu’ils ont d’absolu ».  Ces approches et distinctions ne se contredisent pas mais ne se superposent pas non plus car elles se placent dans des perspectives et registres différents. C.Yannaras et P.Syméon envisagent l’homme dans sa condition de prison  « naturelle » ou de « péché » dont il doit se libérer. G.Nahas privilégie la condition de l’homme en situation sociétale avec ce qu’elle implique de régulation et de critères de régulation.

       Il est d’usage d’évoquer  comme conséquence du péché, rupture, séparation l’établissement de la discorde (Adam et Eve, Caïn et Abel…) et d’un désordre (toute  souffrance , la mort). La première conséquence ne concerne-t-elle pas la liberté, cette composante anthropologique  qui n’est pas supprimée du fait de la désunion,  mais se retrouve face à elle-même, amputée de sa source, autonomisée, et de ce fait condamnée à une contradiction permanente. « le bien que je veux, je ne le  fais pas et le mal que je ne veux pas  je le fais » (Rm VII-19). A titre personnel cette contradiction ne peut être surmontée que par l’autolimitation de la liberté, ou sa réorientation vers sa source divine –fondement de toute démarche spirituelle et notamment de l’ascèse. Communautairement la contradiction implique que soient  fixées  des limitations, ; c’est le principe de la normativité -  loi civile,  canon ecclésiastique , toute régulation qui en principe suppose le consentement et sanction en cas de non respect de la norme.

       Notons que certains théoriciens (philosophes) du droit soulignent que la liberté, concrètement les libertés sociétales sont soumises à une première limitation incontournable – la nécessité de manger. Nous n’imaginons pas en effet dans nos sociétés contemporaines repues ce que représente cette nécessité dans l’ordre des priorités de l’activité humaine. Tant qu’une personne demeure préoccupée au lever du jour par ce qu’elle va pouvoir manger « aujourd’hui » (« donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour »), toute considération sur la ou les libertés sociétales demeure dérisoire. C.Yannaras rappelle que Dieu « libère par son incarnation le mode d’existence du créé, des nécessités qui entravent essentiellement la condition de créature…Dans la personne historique de Jésus-Christ, qui s’est fait homme…l’Eglise entre en contact avec la liberté existentielle de l’Incréé, qui est offerte à la création. ». Certes, mais il s’agit bien là d’une libération (et non de la liberté) en Christ qui s’inscrit dans le registre de la rencontre- réconciliation-réunification, rétablissement de la communion  accordée par le Seigneur en son Corps. Rappelons à ce propos que  le P.Alexandre Schmemann suggère une mise en parallèle entre la tentation à laquelle Adam succombe en mangeant de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (ce qui provoque le drame de la désunion) et la tentation à laquelle ne succombe pas le Nouvel Adam – Dieu et Homme -et de ce fait restaure la communion en s’offrant Lui-même « Prenez et mangez ».

       Communautairement, dans le sens sociétal, la régulation est incontournable, elle est en réalité une nécessité. La société sans règles, sans limitations des libertés est impossible. Elle n’a jamais existé, elle n’existe nulle part. Se pose en revanche la double question des fondements de la régulation d’une part,  des critères de cette régulation d’autre part. Les fondements de la régulation  se réduisent à une problématique simple : la détermination du bien et du mal, du juste et de l’injuste, de ce qui se fait et de ce qui ne fait pas. Il s’agit du système de valeur de référence qui détermine l’ensemble de la normativité à un moment donné en un lieu donné. Ce système de valeur est-il définitif , absolu ou évolutif dans le temps et dans l’espace ? G.Nahas rappelle que la  pensée normative reposait s sur les principes religieux qui faisaient office de référence évidente et donc de système de valeur caractérisé notamment par le  principe du droit naturel (naturalisme) . Du moins  en était-il ainsi en occident et ce jusqu’au XVIII° siècle. Les Lumières  mettent en cause ce fondement  religieux de la normativité et lui substituent progressivement  la Raison comme mesure de toute chose. « La loi est l’expression de la raison »  dit encore Montesquieu. C’est alors le glissement du naturalisme au positivisme et au scientisme individualiste « qui deviennent les références anthropologiques de la pensée moderne  et la société eut pour rôle , entre autres , la régulation, de ce qui a été considéré comme étant les droits de l’homme » . Dans le même sens, Noël Ruffieux observe « L’affirmation de l’individualisme-signe essentiel de la modernité-…s’articule avec l’asservissement à un réseau mondialisé qui véhicule des valeurs et des modes nouvelles ». Et C. Yannaras d’en faire le « problème le plus dramatique aujourd’hui : notre confinement dans l’individualisme, par notre mode de vie global,…notre civilisation dite de la Modernité ».Ici intervient la question de l’ethique – cet « élément extrinsèque qui régit des aspects relationnels dans ce qu’ils ont d’absolu ». Deux éléments conditionnent l’effectivité des « droits de l’homme » : la dignité et l’universalité, prolongement profane de  « l’homme, image de Dieu » que semble véhiculer encore la raison, mais aussi la conscience de ceux qui disent le droit. Mais raison et conscience sans Dieu sont incertaines et donc les « droits de l’homme » éminemment fragiles.

       Face à cette évolution, le positionnement de l’orthodoxie est difficile pour des raisons conjoncturelles historiques mais aussi de tradition spirituelle sinon théologique et en fait culturelle. N. Ruffieux souligne à juste titre que « la liberté rendue aux peuples de l’ex-empire soviétique impose aux églises des défis auxquels elles n’ont pu se préparer ». Repositionnement des relations de l’Eglise avec l’Etat et la société ; mise en cause de la « symphonie byzantine. » G. Nahas pour sa part déplore que « l’Eglise orthodoxe n’a rien à dire au monde, n’a pas développé un processus de dialogue avec la modernité, elle se suffit d’être une Eglise piétiste où la praxis est en contradiction avec son enseignement sur l’Incarnation ». Diagnostic actuel qui a pourtant ses antécédents. Paul Evdokimov notait, plus particulièrement pour la Russie, qu’ « à trop contempler le ciel elle en oubliait les préoccupations de la terre » mais Olivier Clément affirmait plus généralement au-delà des vicissitudes immédiates : « l’occident chrétien se dilue dans l’histoire, l’orient (orthodoxe) sort de l’histoire ». Or en effet l’Incarnation n’est-elle pas par excellence une intrusion de Dieu dans l’histoire ? Toute centrée sur la Resurrection l’orthodoxie semble craindre l’adaptation au monde (la « dilution » ?), la méprise, se méfie souvent de la « raison » qui conduirait inéluctablement à l’athéisme. L’orthodoxie souffre aussi d’une carence en matière de culture normative. Mais la fidélité à l’Orthodoxie  en tant que justesse dogmatique, spirituelle, théologique, ecclésiologique ne saurait aujourd’hui la couper du monde d’autant que cette fidélité ne lui épargne pas de nombreuses dérives et déviances en matière pastorale et ecclésiologique (les discours néo-théocratiques n’y changeront rien). Nahas évoque avec délicatesse ces deux contradictions potentielles – « au niveau de la personne qui agit contrairement à ses principes et au discours qu’elle soutient et au niveau de la communauté environnante qui accepte de facto ce qu’elle refuse théoriquement ». Il s’agit de ce fameux décalage entre le dire et le faire dénoncé de manière récurrente en orthodoxie - O. Clément et d’autres hier, le message de la Fraternité pour ce congrès (« Ne cesse de croître le décalage entre l’état de désorganisation de nos réalités ecclésiales et l’aspiration légitime des fidèles à l’unité visible »), tous nos intervenants aujourd’hui- et qui ne peut pas ne pas faire penser à la sentence en Mat. XX III qui s’adresse à nous en premier lieu ; en résumant : malheur à vous scribes et pharisiens qui dites et ne faites pas.

       Aujourd’hui dans le contexte de la mondialisation évoquée nécessairement par tous les intervenants, puisqu’il s’agit d’un processus  pour l’heure inéluctable, l’orthodoxie ne peut rester marginale au risque de se ghettoïser. Il lui faut apporter son témoignage spécifique, non pas pour se distinguer mais parce que telle est sa vocation : proclamer au monde la Vérité du Fils et la Vérité de l’Esprit. Ce n’est pas se dissoudre que de rappeler que l’Esprit Saint est le Souffle, le Saint Souffle qui donne la vie et qui ainsi, encore une fois révèle le Fils qui Lui-même est la Vie. « Pourquoi nous ne voyons pas encore l’Orthodoxie assurer cette grande présence dans le monde » ((P. Basile Thermos lors de la 18°AG de Syndesmos-Athènes 2009, cité par N. Ruffieux)

       Pour ce faire, il ne s’agit pas de suivre les mouvements de repli identitaire que suscite le processus de la mondialisation (globalisation) comme l’ont souligné avec force le P. Syméon  et N.Ruffieux.  Une précision terminologique annexe: « mondialisation » ou globalisation » . Le premier est français, le second est anglo-saxon et s’est imposé largement dans toutes les langues. Ils ne véhiculent pas la même doctrine. « Mondialisation » s’inscrit dans la philosophie de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme  de 1948 qui pose comme principe fondamental l’universalité de la dignité de l’être humain ce qui suppose le respect de la diversité (religieuse, raciale, linguistique…). On peut dire que la doctrine onusienne de 1948 est d’inspiration « trinitaire » : l’unité (universalité) dans la diversité. La « globalisation » suggère à l’inverse le nivellement uniforme, donc  coercitif, en fait subtilement  totalitaire (certains ont pu parler de « démocratie totalitaire », d’autres de « capitalisme communiste ») diamétralement opposé à toute idée de liberté de l’esprit.  

       N.Ruffieux nous a proposé une véritable feuille de route dont je lui faisais observer avec humour qu’elle ne serait sans doute réalisée qu’à la veille du Second Avènement….ce qui ne signifie pas qu’elle ne doive pas être mise en oeuvre. Il n’y a en effet de témoignage crédible que dans la manifestation visible de la conciliarité (« soyez un afin que le monde croie ») conciliarité qui n’est pas réalisable sans l’Esprit Saint. Notons fermement que nos invocations de l’Esprit Saint doivent être profondément authentiques, comme toute prière, sans arrière pensée, sans justification psychologique ou géopolitique, pour que la formule conciliaire puisse avoir un sens et une effectivité : « il a plu à nous et à l’Esprit Saint… ». Précision sur laquelle il est plus que nécessaire d’insister car c’est bien sur ce point que nous prenons volontiers quelque liberté qui n’est pas celle de l’Esprit- Vérité.

       P. Syméon, G.Nahas, Noël Ruffieux plus particulièrement ,ont évoqué la question de  l’ethnophylétisme, cette assimilation de l’église à la nation, dénoncée par le synode de Constantinople en 1872 et qui connaît aujourd’hui une résurgence plus que sensible . Sans doute convient-il d’évaluer le problème avec nuance  en ce sens qu’il s’inscrit aujourd’hui dans la double séquence du post-communisme et de la globalisation. Post communisme c'est-à-dire nécessité de reconstituer l’identité nationale (histoire c'est-à-dire mémoire collective, culture, religion) que le communisme avait tenté d’éradiquer. Globalisation qui  à son tour, mécanisme de nivellement  marchand, évoqué précédemment, se traduit également par un écrasement de l’identité. N’y a-t-il pas analogie entre ce phénomène contemporain et le phénomène phylétique largement favorisé par les occupations étrangères (mongoles ici, ottomanes là) et qui ont suscité la solidarité (solidarisation) de l’église avec le peuple ?  Ainsi peut-on manifester une certaine patience ou compréhension pour ce qui concerne la situation de nos pays matriciels. (Encore que l’on puisse s’interroger sur la motivation de la coopération Eglise-Etat aujourd’hui : solidarité de l’Eglise avec le peuple souffrant ou instrumentalisation réciproque  de domination ?) Dans tous les cas cette problématique ne saurait s’imposer à notre condition de « diaspora ». Les affirmations d’identité nationale ne peuvent recevoir ici aucune justification car il se traduit par un processus de dispersion et de concurrence, en aucun cas d’unification. Il est d’autant plus regrettable qu’il constitue un recul au regard des décennies écoulées.  Force est de souligner que la dynamique de réunification de l’orthodoxie en dispersion dans nos pays a été favorisée et stimulée par  la « bipolarité  est-ouest », pendant laquelle personne n’imaginait qu’une communication libre puisse être établie avec « nos pays » d’origine. Ainsi, dans le prolongement de cette prise de conscience spirituelle qui a présidé notamment à la création de l’Institut de théologie St Serge –surnommée « école de Paris- s’est développé progressivement ce qui est devenu la « Fraternité orthodoxe en Europe occidentale », espace ecclésial ouvert à tous les orthodoxes souhaitant témoigner de l’unique nécessaire, la « bonne nouvelle » du Christ ressuscité, nous envoyant de la part du Père le « Saint Souffle »  vérité et consolateur et œuvrer à l’unité visible de l’Eglise hic et nunc – ici et maintenant donc sur un critère territorial et non ethnique. Rappelons que la Fraternité orthodoxe a été l’instigatrice en France et par suite dans la plupart des pays européens de l’ouest des Assemblées épiscopales dont on peut espérer qu’elles constituent des assemblées pré-synodales oeuvrant avec conviction au processus conciliaire comme l’a exprimé Noël Ruffieux.    Notons cependant que la libération de « nos pays » de l’oppression et de la persécution antireligieuse, que personne ne peut regretter, a perturbé pour l’heure de manière conséquente cette perspective. Les réaffirmations identitaires nationales dans les pays matriciels rejaillissent sur les églises orthodoxes en diaspora dans nos pays; en fait ces églises sont la plupart du temps largement instrumentalisées à cet effet par le pouvoir d’Etat. Retenons parmi toutes les affirmations à ce propos celle de P. Syméon : « Une église locale qui s’isolerait des autres, qui croirait détenir seule la vérité sans chercher à se mettre au diapason de la conscience catholique, glisserait petit à petit hors de la communion de l’Eglise ».

       Mgr Stéphanos a évoqué dans son homélie cette affirmation paradoxale du Seigneur « je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive » . (Mat X 34). Paradoxe qui s’inscrit dans la condition tensionnelle qui est la notre  parce que nous sommes « dans le monde mais pas de ce monde » ( Jn XVII 14). Mais  ce paradoxe ne saurait susciter le découragement car le Seigneur-Christ a « vaincu  le prince de ce monde » et ainsi a pu nous rendre cet « autre paraclet, consolateur  - qui donne la vie ». Marqués du sceau du don du St Esprit, ayant l’Esprit en nous, nous sommes des êtres « en perpétuel devenir » rappelle  G.Nahas ; et Olivier Clément d’affirmer, toujours dans une perspective eschatologique, « la création n’est pas achevée ». 

       Monseigneur Emmanuel, dans son chaleureux message prononcé à la fin de la Divine liturgie qu’il a présidée, a déclaré : « je tiens à le dire devant vous, la tenue d’un tel congrès a un sens pour l’Eglise Orthodoxe tout entière et non seulement pour nous qui vivons en Europe occidentale ». Une telle proclamation ne peut pas rester sans suite. Oui ce congrès prend place dans le processus laborieux de la préparation du concile qui ne pourra aboutir sans l’action du Saint Souffle car Lui seul peut nous aider à surmonter et dépasser toutes les lois de ce mode, à nous libérer  dans la Vérité.