Frères et Sœurs,        

          À l'instant même où cette lettre est envoyée, inquiétude et désarroi nous atteignent face aux menaces de guerre (Ukraine ; Irak,Syrie…) mais aussi aux souffrances de l’Eglise et en particulier de notre Archevêché.  Dans tous les cas, la situation telle qu'elle se présente aujourd'hui nous interpelle en qualité de chrétiens qui sont appelés à entrer dans le temps du carême, la quarantaine.

Le « carême pourquoi faire » ou « pour qui », pourrait-on aisément poser la question dans le style culturel contemporain. En ajoutant éventuellement le « carême c'est quoi » . Question en définitive tout à fait légitime aujourd'hui dans notre société,  tant la distance est devenue grande entre l'esprit qui semble présider au fonctionnement de ladite société dont nous sommes  tous membres (celui de l'arrogance et de l'argent) et l'esprit de l'Evangile, le "souffle de la bonne nouvelle".

Ascèse, jeûne ont eu et ont toujours leur place dans la vie personnelle comme discipline de renoncement pour laisser plus de place à notre Seigneur dans notre âme. Ils peuvent aujourd'hui s'inscrire aussi dans la perspective d'une solidarité communautaire, ecclésiale, celle du partage qui implique générosité et accueil. Ils peuvent être les supports de notre foi qui a besoin d'être simultanément ferme et miséricordieuse. En fait, la « juste foi », la foi orthodoxe n'est pas celle des identités closes et de l'exclusion arrogante, mais celle de la bienveillance.

Dans notre contexte marseillais, français, occidental, quelles que soient nos origines et nos parcours, nécessairement divers et personnels – les uns des « passeurs », les autres des « héritiers », nous avons une destinée et une vocation communes : celle d'être les porteurs de la croix du baptême. Cette croix, que nous allons particulièrement vénérer le troisième dimanche du grand carême, ne peut être que celle de l'humilité et du pardon, fondements, entre autres, de la paix. Car sur cette croix, le Seigneur Dieu, l'Homme-Dieu a accepté d'être crucifié pour crucifier le péché du monde. Et c’est pourquoi, sur cette croix du Golgotha, avant que de « remettre son esprit entre les mains du Père » il pria : « Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Luc XXIII-34).                                              

                                                                                                                               p. P.Jean

Bulletin N°2 du 1er mars au 5 avril 2015


 

La reprise de la vie liturgique et paroissiale est chaque fois l’occasion de rappeler que le mois de septembre est celui d’une nouvelle année, « année liturgique » ou « nouvel an ecclésial ». Il s’agit du cycle dans le cadre duquel l’Eglise a établi la célébration des évènements de l’Incarnation et de la rédemption du genre humain aussi bien que de toute la création.

Ainsi le 8 septembre a été établie la célébration de la Nativité de la Mère de Dieu. Cet évènement rappelle que le salut du genre humain a été possible grâce à l’acceptation et la réception par Marie, la toute pure, -au nom du genre humain- de Celui qui contient toute la Création et qui par la Croix-Résurrection a vaincu la tyrannie du « prince de ce monde ».

Ainsi le 14 septembre nous célébrons l’Exaltation de la Sainte et Vivifiante Croix, - « trophée invincible de la piété, porte du paradis, réconfort des croyants, rempart de l’Eglise ». Par la Croix, le salut est venu à l’univers (création) entier ; en ayant les yeux fixés sur la Croix, nous participons à ce salut. Placée en début d’année liturgique, l’Exaltation de la Croix fait écho à la célébration, 40 jours avant, de la Transfiguration de Notre Seigneur Jésus Christ, sur le mont Thabor et qui avec la célébration de la Dormition de la Mère de Dieu, clôt (parachève) cette même année liturgique.

Comme le suggère la tradition et l’hymnographie, la Transfiguration, Théophanie totale, « autant que les disciples  (c’est-à-dire l’homme) pouvaient la supporter » a été manifestée, en fait révélée, pour éclairer, aider à donner un sens ultime à la Croix – « symbole » apparent de toute mort-souffrance absurde et révoltante. Inversement l’Exaltation de la Croix, l’Elévation de la Croix nous aide à accueillir la Révélation du Thabor, le Christ en gloire ici même. Ainsi, le 1er septembre, à l’initiative du patriarche Bartholoméos, l’Eglise est appelée à prier non seulement pour que l’humanité soit préservée des catastrophes naturelles , mais aussi pour que la nature –c’est-à-dire la Création- soit préservée des calamités d’origine humaine. L’affirmation de la Création (je crois en un seul Dieu….créateur de toutes choses visibles et invisibles) évidente culturellement jusqu’à une époque récente redevient nécessaire pour elle-même ,face aux hypothèses d’autres origines de l’existence, et pour rappeler à l’homme que la création ne lui appartient pas mais qu’il est intimement lié à elle et ne peut se sauver sans elle.

La contemplation de la Croix vivifiante ainsi que de la lumière thaborique nous rappelle que nous sommes toujours corresponsables de la Création « qui n’est pas achevée » et que nous participons à son salut.

L’Eglise, corps du Christ est le cœur de la vie cosmique. En célébrant l’Eucharistie, nous actualisons la Transfiguration du Christ et célébrons « pour la vie du monde » en oeuvrant à sa transfiguration.

Père Jean