« Si le Christ n’est pas ressuscité notre foi est vaine » (I Cor XV-14). Il y a dans cette formule une intonation rare pour la Sainte Ecriture notamment le Nouveau Testament. Elle semble interpeller notre logique. Essayons de suivre la démarche suggérée à partir de ce « si ».

En effet pour ressusciter il faut mourir et pour mourir il faut être né. S’il est vrai que naître et mourir est par définition notre lot à tous, ressusciter n’était possible qu’à un seul, le Christ, le Fils de Dieu venu dans ce monde, s’est fait chair, pour tirer le genre humain de l’impasse dans laquelle il s’est mis lui-même, de l’impasse tragique qui l’a conduit à la souffrance physique, psychique, la désespérance et à la mort, parfois suicidaire.

La mort, quelles que soient nos réflexions aujourd’hui, nos études historiques, anthropologiques, la mort n’était pas prévue par le plan divin. (La science biologique constate que la nature est programmée pour la mort mais il s’agit pour nous précisément de cette nature qui s’est condamnée à la mort. Mais elle n’était pas prévue et pour cette raison personne ne peut véritablement l’assumer intérieurement ; elle est en réalité contre nature ; nous fuyons l’idée de la mort qui nous est insupportable. Elle se rappelle à nous lorsque meurt un proche, et elle nous « giffle ». Non seulement parce qu’est décédé un proche mais aussi parce qu’alors c’est notre propre mort que nous voyons en face.

Pour bien être persuadés que ce n’était pas inscrit dans le plan initial, souvenons-nous que le Christ qui lui aussi a eu des proches, qui lui aussi a aimé plus particulièrement des amis, pensons à Lazare bien évidemment. Lorsqu’on vient lui annoncer que Lazare est mort, le Christ lui-même pleure, cas unique dans les récits évangéliques où il est question des larmes du Christ. Alors que Lui-même, le Christ , a déjà , avant la mort de Lazare ressuscité plusieurs fois (la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïn), a guéri, a annoncé lui-même sa passion et sa résurrection et Il sait que dans quelques minutes Il va ressusciter Lazare. Et pourtant il pleure. Pourquoi ? Parce qu’à travers la mort de Lazare c’est tout le drame, c’est toute cette impasse du genre humain qui est révélé à ce moment là.et que le Christ lui-même ressent en tout son être divino-humain ; c’est Dieu-Homme qui pleure en cet instant. De plus alors qu’Il a annoncé lui-même Sa propre résurrection, Il sait qu’il va passer par la Passion, la Croix et au moment où il va approcher de cette épreuve, Lui-même, le Christ est assailli par une angoisse jusqu’à prononcer cette phrase qui peut nous troubler : « Mon mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». (Mat XXVII -46). Le Fils de Dieu passe par ces sentiments d’abandon, de vide, de désarroi, ceux-là même-là qui sont les nôtres en présence ou l’approche de la mort. Cette sensation de vide est celle de l’absence de Dieu, le vide de l’absence de la Lumière du Royaume. C’est l’espace du démon. IL y a une réalité du démon, il faut le rappeler car l’une des subtilités du démon est aussi de suggérer qu’il n’existe pas. Or si le démon (celui qui induit aussi le doute) n ’existe pas, il est plus facile de suggérer, voire de se persuader que Dieu lui-même n’existe pas. « Si Dieu était Il ne permettrait pas tout ce mal…. ». c’est assurément une tentation –séduction du démon car pour s’être révolté contre Dieu le démon ne supporte pas la présence d Dieu et tente de nous entrainer dans sa révolte et son désespoir. C’est cela les ténèbres, et le royaume de la mort, qui crée ce sentiment d’angoisse, de vide, de découragement. Le Christ va connaître cet instant de vide. En acceptant, dans l’angoisse « cette coupe » Il va passer par le Royaume des ténèbres, cet espace d’ absence de Dieu où le genre humain s’est plongé pour s’être détourné » de Dieu (comme l’ange de lumière déchu, Lucifer). Mais à peine est-il venu dans cet espace qu’Il y apporte la Lumière, la Vie, la Résurrection. Tout est dit dans la proclamation « Par la mort Il a vaincu la mort ».

Ayant vaincu la mort le Christ a opéré un tournant pour l’histoire de l’humanité. Il s’agit d’un point central : la victoire du Christ sur la mort est à la fois ponctuelle et définitive, ce que l’on a sans doute du mal à intégrer, à faire notre cette réalité. Or toutes nos célébrations liturgiques notamment eucharistique sont des réactualisations de tous les évènements, la Passion, la Descente aux enfers, et la victoire définitive sur la mort . Pour cette raison le Christ a pu dire par anticipation » vous êtes dans la tribulation mis ne craignez rien j’ai vaincu le prince de ce monde (le démon)». (Jn XVI- 33) Mais on peut se poser la question : si le Christ affirme avoir vaincu le monde, pourquoi sommes-nous encore dans la tribulation ? Intervient ici à nouveau le thème de la liberté, comme au moment de la création. Pas plus que Dieu n’a imposé à sa créature de rester avec Lui en communion et en amour d’offrande (eucharistique), car Dieu peut tout sauf obliger sa créature à l’aimer, de même en souffrant, en offrant son Fils qui passe par la croix et les ténèbres pour sauver, ce salut nous est donné, offert gratuitement sans exigence. Chose difficile à assumer : d’une part on est toujours en quête de liberté, mais avons-nous la force de l’assumer telle qu’elle nous est donnée. ….C’est pourquoi tout n’est pas résolu pour nous-mêmes, car nous ne tournons pas vers la Lumière du Christ ressuscité. Certains l’ont fait et ont pu voir le Christ ruisselant de lumière. Ils l’ont vu de leurs yeux lorsque leur cœur était devenu un cœur de chair, transparent à la lumière divine .

Parce que le Christ est ressuscité tout est possible- notamment modifier notre relation à toute chose, à la création, la nature et surtout notre relation à l’Autre. De la modifier en essayant d’établir désormais comme règle celle du pardon Parce que le Christ est ressuscité je peux pardonner à tout à l’autre car nous sommes tous à la même enseigne , le même Royaume nous est promis, le même Royaume nous est donné, à l’ ouvrier de la première heure comme à celui de la onzième heure ». Si j’ai peur de l’autre, si je suis angoissé, si même parfois j’ai envie non seulement de frapper mais peut-être aussi de tuer c’est à cause de ma propre angoisse, c’est l’angoisse de ma mort qui me pousse à vouloir tuer l’autre , physiquement mais aussi psychologiquement, psychiquement….Inversement si je participe à la résurrection du Christ, pourquoi tuer ????



C’est le jour de la résurrection rayonnons de joie en cette solennité embrassons- nous les uns les autres ; disons frères et a ceux qui nous haîssent pardonnons tout à cause de la résurrection et chantons :


LE CHRIST EST RESSUSCITE DES MORTS PAR la MORT IL A VAINCU LA MORT A CEUX QUI SONT DANS LES TOMBEAUX IL A DONNE LA VIE

CHRIST EST RESSUSCITE 

  père Jean (Gueit) Pâques 2016




M
essage de Pâques de S. Em. l’Archevêque Gabriel de Comane

exarque du patriarche œcuménique

 

Le Christ est ressuscité !

 

« Si tu savais le don de Dieu … » (Jn IV, 10)

 

        Chers frères et sœurs en Christ,

        C’est avec une grande joieque je m’associe à vous tous ence matin qui ne connaît pas de soir, en cette fête sans déclin, en ce temps nouveau qui pénètre la vieillesse  du monde, en cemoment béni d’éternité où, comme nous le contemplons sur l’icône de la Descente aux enfers, le Christ tirant Adam et Eve de la tombe nous élève avec eux dans la douce et divine lumière de sa Résurrection ! 

        En effet, ce que l’icône de la Descente aux enfers nous révèle est merveilleux ! Que voyons nous ? Le Seigneur s’abaisse jusqu’à la recherche d’Adam, de la brebis perdue. Et cette quête nous console, nous apaise, nous donne force, car c’est à nous aussi qu’Il s’adresse, c’est nous aussi qu’Il cherche. Au paradis, Dieu cherchait Adam qui se cachait après la faute : « Où es-tu Adam ? » Aujourd’hui, Il fait plus que l’appeler, Dieu incarné, crucifié, ressuscité descend au plus profond de la misère de l’homme, de notre misère, pour nous dire : « Donne-moi ta main que je te relève ! » Et ceci est offert à tout homme, quelque soit l’abîme de sa pauvreté. 

        Que voyons nous encore sur cette icône de Pâques ? Nous contemplons la lumineuse descente de Jésus dans notre propre cœur, c’est là où Il nous attend, c’est là où Il nous offre sa miséricorde. Le Seigneur connaît très bien notre détresse, là où nous nous cachons avec la misère de nos faiblesses, là où, parfois, nous faisons semblant de ne pas être, refusant ainsi de reconnaître l’abîme où nous nous trouvons à cause de nos péchés. Oui, frères et sœurs, c’est bien là que le Christ vient : Il s’offre à nous, Il se penche vers nous, Il nous attire, Il veut que nous soyons « saisis » de son Amour infini pour nous. Mais pour cela — car nous sommes libres — Il faut que nous acceptions de lui tendre la main, comme lui-même le fait. Aussi, c’est tout notre être qui doit être tendu vers lui ! Mais attention, il s’agit de tout notre être tel qu’il est, perdu par sa faiblesse et sa pauvreté, blessé par son péché. Ainsi, nous pouvons nous écrier : « Je suis une brebis perdue, appelle-moi, Ô Sauveur, et sauve-moi ! » (Office des défunts). 

        Les jours qui précèdent Pâques, nous avons revécu la Passion du Christ et, aujourd’hui, nous contemplons un Christ « passionné » de nous. 

        Chers frères et sœurs, ce n’est pas là un simple jeu de mots, nous sommes dans la réalité même de notre Salut : tant que nous n’avons pas été  saisi par cette passion du Sauveur pour chacun d’entre nous, tant que nous ne nous savons pas désirés, cherchés par lui, aimés au-delà de ce qui est pensable, nous sommes des êtres éteints… Au contraire, soyons des êtres de feu, comme le dit le Psalmiste : « Tu fais de tes serviteurs des flammes de feu » (Ps 103,4). Laissons-nous conduire par cette merveilleuse lumière de la Résurrection et entrons avec ardeur et confiance dans ce désir de Dieu ! 

        « Paix à tous », dit le Seigneur à ces apôtres, le soir de Pâques (Jn 20,19). Recevons cette Paix, conséquence de l’Amour infini de Dieu pour nous tous et, à notre tour, soyons des artisans de paix : pour ce faire prenons le bon chemin, laissons-nous prendre par le désir du Christ, laissons-nous pénétrer par sa compassion, laissons-nous libérer de notre tombeau ! 

        Le Seigneur est Vie et Il nous dit aujourd’hui encore : « Je suis ta vie »! Si à certains moments nous sommes désespérés, Il nous dit : « Je suis ton espérance » ! Il nous redonne Joie : laissons-le nous rejoindre dans nos cœurs meurtris, laissons-le piétiner et écraser les portes de nos enfers. Oui, en vérité, « par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la Vie » (tropaire de Pâques). 

        Bien aimés frères et sœurs, au travers de tout l’amour que je vous porte, je vous invite à conserver « toutes ces choses » dans vos cœurs et à les vivre en partage avec tous les hommes de la terre ! Que la bénédiction du Seigneur ressuscité soit sur vous tous ! 

 

Christ est ressuscité !

En vérité il est ressuscité !

 

Paris, 11/24 avril 2011

Cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, Paris

+Archevêque Gabriel de Comane

Exarque du Patriarche Œcuménique

 

 

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