Une spiritualité de la création

 

L’instauration par le patriarche de Constantinople d’une journée de la création, fixée symboliquement au premier jour de l’année liturgique, prend sans cesse plus de sens.

A cette occasion, voici des extraits d’un ouvrage du patriarche d’Antioche Ignace IV « Sauver la création »

 

L’Eglise exerce son ministère cosmique par les sacrements-les mystères. Malgré les péchés historiques des chrétiens, l’Eglise est le mystère du Christ dans le Saint Esprit…Elle est le cœur du monde ; elle est moins dans le monde que le monde n’est en elle. C’est dans l’Esprit que les arbres commencent à fleurir à la fin de l’hiver, et le Christ de l’Apocalypse tient dans sa main les constellations. Le monde est sauvegardé par les prières, les bénédictions, les transmutations de l’Eglise…Le pouvoir séparateur de l’ « adversaire » (Satan) est exorcisé, la matière peut réaliser ses potentialités sacramentelles…..

Tout culmine à la transformation eucharistique où le pain et le vin trouvent leur accomplissement en devenant, sous le souffle et le feu de l’Esprit, le corps et le sang du Christ. Dans l’offrande, « on fait mémoire du ciel, de la terre, de la mer, du soleil, de la lune, et de toute la création… » (Cyrille de Jerusalem).

L’homme qui communie doit devenir un homme qui sanctifie.

L’homme qui se sanctifie en pratiquant la « contemplation de la nature » cesse d’objectiver l’univers par sa convoitise et son aveuglement. Sa présence allège et pacifie. (On pense avec Séraphim de Sarov, aux innombrables exemples de « paix paradisiaque » avec les bêtes les plus féroces, à l’ermite qui donne à boire du lait aux vipères dans de petites coupes.

La terre n’appartient qu’à Dieu; l’homme n’en est que le gérant, et ses productions, dans le prolongement du partage eucharistique et l’esprit du jeûne, doivent connaître une circulation bienfaisante, une juste répartition..

Une cosmologie de transfiguration est inséparable d’une sociologie de communion, sans cesse à réinventer dans les circonstances concrètes de l’histoire…

C’est dans l’esprit du jeûne et d’une sympathie profonde pour la nature et pour le frère (le frère aujourd’hui à l’échelle planétaire) que les chrétiens doivent faire face à l’absurdité de la situation, quand la publicité multiplie ici les faux besoins tandis que d’autres sont affamés, quand la chimie et la biologie enfièvrent et embrasent la terre, ailleurs le désert s’étend….

La terre n’est plus la Mère toute puissante. Alors qu’elle soit cette fiancée que nous devons protéger du viol et conduire aux noces de l’Agneau.