Le Carême orthodoxe
temps de combat, de lumière et de résurrection intérieure (suite)
Une importance centrale dans la vie orthodoxe
Le Carême est le temps où l’Église orthodoxe se révèle dans sa dimension thérapeutique. Il ne s’agit pas de satisfaire une exigence morale ou de « payer » une faute, mais de soigner l’homme intérieur, blessé par le péché, dispersé par les passions, affaibli par l’oubli de Dieu.
La vie liturgique se transforme profondément : les offices deviennent plus longs, plus sobres, plus pénétrants. La prière de saint Éphrem le Syrien, récitée quotidiennement, résume l’esprit du Carême en demandant à Dieu d’être délivré de l’esprit de domination, de dispersion, de jugement et de vaines paroles, pour recevoir en échange l’esprit d’intégrité, d’humilité, de patience et d’amour.
Ainsi, le Carême n’est pas un temps de tristesse, mais une sobriété joyeuse, une gravité lumineuse tournée vers la vie nouvelle.
Jeûne, prière et aumône : une ascèse unifiée
Le jeûne orthodoxe est souvent perçu comme exigeant : abstention de viande et de toute nourriture animale, y compris produits laitiers. Mais ce jeûne n’a de sens que s’il est compris comme un outil spirituel, jamais comme une fin en soi. Il vise à libérer l’homme de la tyrannie du désir, à réapprendre la mesure, à restaurer la liberté intérieure.
À ce jeûne corporel s’ajoutent la prière intensifiée et l’aumône, comprise comme ouverture concrète à l’autre. Le Carême rappelle avec force que l’ascèse authentique est toujours relationnelle : on ne se sauve pas seul, et l’amour du prochain est le critère de vérité de toute démarche spirituelle.
Une signification profondément pascale
Le sens ultime du Carême orthodoxe est la préparation à la Résurrection. Il ne conduit pas à une amélioration morale progressive, mais à une transfiguration intérieure, à une mort symbolique de l’homme ancien pour laisser place à l’homme nouveau, recréé dans le Christ.
Dans cette perspective, le Carême n’est jamais vécu comme une parenthèse ascétique isolée, mais comme une entrée anticipée dans le mystère pascal. Chaque effort, chaque renoncement, chaque prière est orienté vers la victoire du Christ sur la mort.
Ainsi, le Carême orthodoxe apparaît comme une école de liberté, une pédagogie de la lumière, un temps de vérité et de miséricorde, où l’homme apprend à descendre en lui-même pour y rencontrer, déjà, la joie de la Résurrection.



