Saint Jean Chrysostome

Le sacrement du frère

 

St Jean Chrysostome, en méditant les Evangiles lors de sa retraite au désert, comprend que le devoir d’un chrétien est d’être au service des autres. C’est pourquoi il dira

« Tu auras beau rester à jeun, coucher sur la dure, manger de la cendre, pleurer sans cesse, si tu n’es pas utile à d’autres, tu ne fais rien de grand ».

La meilleure manière pour St Jean Chrysostome d’assumer ce devoir a été d’embrasser le sacerdoce, un service qui le conduira plus tard à la prestigieuse charge d’évêque de Constantinople. Son sacerdoce, dira-t-il « est de prêcher et d’annoncer l’Evangile ».

Son projet pastoral est inséré dans la vie de l'Eglise, dans laquelle les fidèles baptisés reçoivent un sacerdoce royal et prophétique. C'est de là que naît le devoir fondamental de la mission, car chacun est dans une certaine mesure responsable du salut des autres: "Tel est le principe de notre vie sociale... ne pas s'intéresser seulement à nous!" (Homélie 9, 2 sur la Genèse).

St Jean Chrysostome propose le modèle de l'Eglise primitive (Ac 4, 32-37), comme modèle pour la société, en développant une "utopie" sociale (presque une "cité idéale").

Il a compris qu'il n'est pas suffisant de faire l'aumône, d'aider les pauvres ponctuellement, mais il est nécessaire de créer un nouveau modèle de société; un modèle fondé sur l’Evangile.

St Jean Chrysostome devient ainsi le Père d’une doctrine sociale de l'Eglise: la vieille idée de la "polis" grecque doit être remplacée par une nouvelle idée de cité inspirée par la foi chrétienne.

St Jean Chrysostome s’appuie sur St Paul (cf. 1 Co 8, 11) pour mettre en avant la primauté de chaque chrétien, de la personne en tant que telle, également de l'esclave ou du pauvre. Son projet corrige ainsi la vision grecque traditionnelle de la "polis", de la cité, dans laquelle de larges couches de la population étaient exclues des droits de citoyen, alors que dans la cité chrétienne, tous sont frères et sœurs avec des droits égaux.

Le primat de la personne est également la conséquence du fait que c'est réellement à partir d'elle que l'on construit la cité, alors que dans la cité grecque, la patrie était au-dessus de l'individu, qui était totalement subordonné à la cité dans son ensemble.

Ainsi, St Jean Chrysostome nous dit que notre cité est une autre, "notre patrie est dans les cieux" (Ph 3, 20) et, que même sur cette terre, cette patrie nous rend tous égaux, frères et sœurs, et nous oblige à la solidarité.

Et la base de la cité idéale pour lui, c’est la famille, car il y a 2 églises : la grande Eglise et la "petite Eglise", la famille, qui sont en relation étroite.

Quand les époux sont bien préparés tout se déroule avec joie. Lorsque naît l’enfant, celui-ci est comme un pont; les trois deviennent une seule chair, car l'enfant réunit les deux parties et les trois constituent une famille, une petite Eglise (Homélie 20, 6 sur la Lettre aux Ephésiens).